[AVIS] The Rogue Prince of Persia – Le Test !

Le Prince est de retour, mais oubliez tout ce que vous pensiez savoir sur ses pérégrinations temporelles. Après l’éclatant succès de The Lost Crown, Ubisoft frappe là où on ne l’attendait pas en confiant les clés de sa citadelle à Evil Empire, les architectes de l’addictif Dead Cells. Le résultat ? The Rogue Prince of Persia, une proposition radicale qui délaisse la narration linéaire pour embrasser la fureur du Rogue-lite.

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Scénario

Le scénario dans un Rogue-lite est souvent un prétexte, mais Evil Empire a tenté de donner une épaisseur narrative à cette aventure tout en respectant les codes du genre. Nous suivons un jeune Prince, peut-être plus impétueux et moins solennel que ses prédécesseurs, alors que la capitale de la Perse, Ctésiphon, tombe sous le joug des Huns. Ces derniers utilisent une magie noire qui transforme les êtres en créatures monstrueuses et déformées. Le Prince possède une amulette magique qui lui permet, à chaque fois qu’il meurt, de revenir un peu en arrière dans le temps pour tenter de changer le cours des événements. C’est ici que se justifie la boucle de gameplay : le Prince n’est pas un héros infaillible, mais un apprenti qui apprend de ses échecs pour sauver son peuple. Ce qui est intéressant dans l’écriture, c’est la structure non-linéaire de la narration. Au fil de ses « runs », le joueur rencontre divers personnages — conseillers, forgerons, ou survivants — qui étoffent l’univers à travers des dialogues qui évoluent en fonction de votre progression. Le campement central sert de hub narratif où l’on découvre les motivations du Prince et les origines de l’invasion. On y apprend que le Prince porte une part de responsabilité dans la chute de la ville, ce qui ajoute une dimension de rédemption à sa quête. L’histoire ne se contente pas d’être racontée par des cinématiques ; elle s’infuse dans les décors, les descriptions d’objets et les interactions avec les boss qui, eux aussi, ont un passé lié à cette corruption magique. L’aspect « Rogue » est parfaitement intégré au récit : le temps n’est pas une ligne droite, mais un canevas que le héros tente désespérément de raturer pour corriger ses erreurs. La relation entre le Prince et ses alliés est marquée par un humour léger qui n’enlève rien à la gravité de la situation, équilibrant parfaitement le ton de l’aventure. On regrettera peut-être que l’intrigue principale avance lentement, par petits fragments, mais c’est le propre du genre qui veut que chaque découverte soit une récompense après un effort soutenu. La mythologie perse est ici utilisée comme un terreau fertile pour l’imaginaire, mélangeant histoire et fantastique avec une certaine élégance. Le joueur se sent investi non pas parce qu’on lui impose une mission, mais parce qu’il construit sa propre compréhension du désastre au fur et à mesure qu’il explore les différentes zones de la ville et de ses environs. Le scénario réussit donc le pari de rendre l’échec narratif cohérent, transformant chaque mort en une leçon non seulement de gameplay, mais aussi d’histoire. On sent une volonté de créer un univers vivant, où le destin de la Perse repose sur les épaules d’un homme qui doit mourir mille fois pour devenir le sauveur dont son pays a besoin.

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Gameplay

Le cœur de The Rogue Prince of Persia réside dans son gameplay, une fusion stupéfiante entre le Parkour emblématique de la série et la brutalité des combats de Dead Cells. La grande innovation ici est l’utilisation des murs. Contrairement à la majorité des jeux d’action 2D où le mur est une limite, ici, c’est une autoroute. Le « Wall run » est intégré de manière organique : d’une simple pression sur une touche en sautant contre un mur, le Prince se met à courir sur le plan de fond, permettant d’éviter des pièges, de contourner des ennemis ou d’accéder à des plateformes surélevées. Cette verticalité change radicalement l’approche des affrontements. Le système de combat est basé sur la rapidité et le placement. Le Prince dispose d’une arme principale (épées, dagues, haches) et d’une arme secondaire à distance (arc, chakram, grappin). Chaque arme modifie le rythme : les dagues favorisent les combos ultra-rapides mais exposent au danger, tandis que la hache est lente mais dévastatrice. La mécanique de « kick » (coup de pied) est cruciale : elle permet de repousser les ennemis contre les murs pour les étourdir ou de les jeter dans des pièges environnementaux, créant une synergie constante entre le décor et l’action. À cela s’ajoute un système de médaillons, des artefacts que l’on trouve durant les runs et qui confèrent des bonus passifs. Ces médaillons peuvent être améliorés et leurs effets se cumulent, créant des « builds » parfois totalement démentiels où chaque esquive déclenche une explosion ou chaque coup de flèche empoisonne l’adversaire. La difficulté est présente, mais elle n’est jamais injuste grâce à une réactivité des contrôles exemplaire. Le jeu demande une lecture constante de l’écran : il faut savoir quand attaquer, quand utiliser le mur pour se replacer et quand déclencher ses capacités spéciales. Les phases de plateforme sont tout aussi exigeantes, rappelant les origines de la licence avec des pièges rotatifs, des pics et des gouffres qui demandent une coordination parfaite. La progression est rythmée par l’acquisition de ressources permanentes qui permettent de débloquer de nouvelles armes ou d’améliorer les statistiques de base au campement. Ce qui frappe, c’est la fluidité du passage entre la navigation et le combat : on peut courir sur un mur, plonger sur un ennemi, le projeter dans le vide, et enchaîner par une glissade pour éviter un projectile en une fraction de seconde. C’est gratifiant, nerveux et extrêmement addictif. Le studio a réussi à créer une boucle de gameplay où l’on se sent de plus en plus puissant, non seulement grâce aux statistiques, mais surtout grâce à l’amélioration de notre propre dextérité. Le jeu encourage l’expérimentation et la prise de risque, car c’est dans le mouvement perpétuel que le Prince exprime tout son potentiel.

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Graphismes

Visuellement, The Rogue Prince of Persia prend une direction artistique qui a pu diviser lors de son annonce, mais qui s’avère d’une efficacité redoutable une fois en mouvement. On quitte le photoréalisme ou le style « Peinture » de The Lost Crown pour une esthétique proche de la ligne claire, avec des couleurs vibrantes et des contours marqués. Ce choix stylistique permet une lisibilité de l’action absolument parfaite, ce qui est vital dans un jeu où tout va très vite et où les projectiles fusent de partout. La palette chromatique utilise des tons violets, oranges et turquoises saturés, donnant à la Perse une allure de conte psychédélique. Les décors sont riches en détails, avec des arrière-plans qui racontent la désolation de la ville assiégée, entre palais en ruines et jardins luxuriants envahis par la corruption sombre des Huns. L’animation est le véritable point fort technique du titre. Chaque mouvement du Prince est décomposé avec une fluidité exemplaire, que ce soit la torsion de son corps lors d’un saut périlleux ou le poids de ses coups d’épée. Les effets de particules, les jeux de lumière lors des attaques spéciales et les déformations des ennemis ajoutent une couche de dynamisme qui rend le tout très organique. On sent une influence directe de la bande dessinée moderne, avec des poses « keyframe » très marquées qui donnent un aspect très « punchy » à l’action. Les environnements sont variés, passant des quartiers populaires de Ctésiphon aux aqueducs souterrains, chacun possédant sa propre identité visuelle et ses propres défis environnementaux. La direction artistique ne se contente pas d’être jolie ; elle sert le gameplay en mettant en évidence les éléments interactifs et les dangers de manière instinctive. Les boss bénéficient d’un soin particulier, avec des designs imposants et des animations qui trahissent leur puissance et leur corruption. Le contraste entre le Prince, agile et gracile, et les masses imposantes et difformes de ses adversaires crée un dynamisme visuel saisissant. Malgré son aspect « BD », le jeu ne manque pas de moments épiques, notamment grâce à des mises en scène dynamiques lors des transitions de zones ou des coups de grâce. En résumé, si le style peut surprendre de prime abord, il s’impose rapidement comme un choix brillant, offrant une personnalité unique au titre dans une industrie qui a tendance à uniformiser ses productions. C’est un plaisir de chaque instant pour les yeux, une explosion de couleurs qui rend l’expérience de jeu lumineuse malgré la thématique de la guerre et de la mort.

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Bande sonore

La partie sonore de The Rogue Prince of Persia est une autre réussite majeure qui mérite que l’on s’y attarde longuement. La musique a été confiée à Asadi, un producteur dont le style mélange des sonorités traditionnelles persanes avec des rythmes électroniques modernes, ce qu’il appelle le « Persian Trap ». Le résultat est une bande originale d’une modernité folle, qui colle parfaitement à l’énergie nerveuse du gameplay. On y retrouve des instruments typiques comme le Setar ou le Ney, mais retraités avec des basses lourdes et des beats hip-hop qui donnent une pêche incroyable à chaque exploration. La musique n’est pas qu’un fond sonore ; elle s’adapte à l’intensité de l’action. En phase d’exploration, elle reste mystérieuse et atmosphérique, laissant place au vent et aux bruits de la ville dévastée. Dès qu’un combat s’engage, le rythme s’accélère, les percussions deviennent plus présentes et l’adrénaline monte d’un cran. Les bruitages ne sont pas en reste : chaque coup porté a un impact sonore satisfaisant, une sorte de « crunch » qui renforce la sensation de puissance. Le bruit des pas du Prince sur les différentes surfaces, le sifflement des flèches, le cliquetis des mécanismes de pièges, tout est mixé avec une précision qui permet de jouer presque à l’oreille. Les voix, bien que peu nombreuses dans cette version, sont bien interprétées et apportent le charisme nécessaire au Prince et aux différents PNJ. La conception sonore contribue énormément à l’immersion et à cette fameuse sensation de « flow ». On se surprend à rythmer ses attaques sur les beats de la musique, transformant les affrontements en une sorte de ballet rythmique. C’est un choix audacieux qui s’éloigne des partitions orchestrales classiques pour quelque chose de beaucoup plus urbain et contemporain, en parfaite adéquation avec la direction artistique visuelle. Cette fusion entre tradition et modernité sonore reflète l’esprit même du jeu : honorer les racines de Prince of Persia tout en l’ancrant dans la modernité du jeu vidéo d’action de 2024. C’est une expérience auditive riche, qui parvient à être entêtante sans jamais devenir répétitive, un exploit pour un jeu basé sur la répétition de runs. On en ressort avec des mélodies en tête et une envie irrésistible de repartir au combat juste pour entendre à nouveau ces sonorités envoûtantes.

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Conclusion

En conclusion, The Rogue Prince of Persia est bien plus qu’une simple itération de la formule Rogue-lite appliquée à une licence connue. C’est une réinvention brillante qui parvient à isoler ce qui rendait le Prince iconique — son agilité, son rapport au temps et son élégance — pour le projeter dans une structure de jeu moderne et exigeante. Evil Empire a démontré une compréhension profonde de la franchise tout en y injectant son savoir-faire unique en matière d’action frénétique. Le jeu brille par son système de mouvement révolutionnaire pour la 2D, transformant chaque niveau en un terrain de jeu tridimensionnel où la créativité du joueur est constamment sollicitée. Bien que le jeu soit encore en accès anticipé, la base est déjà extrêmement solide, offrant une jouabilité d’une précision rare et une direction artistique qui ne laisse personne indifférent. Les quelques points de friction, comme une narration qui demande à être plus développée ou un équilibrage de certains médaillons, ne pèsent rien face au plaisir pur procuré par chaque run. C’est un titre qui s’adresse aussi bien aux fans de la première heure qu’aux amateurs de défis contemporains. Il réussit le tour de force de rendre la défaite gratifiante, car on apprend toujours quelque chose, que ce soit une nouvelle technique de Parkour ou une synergie d’armes dévastatrice. The Rogue Prince of Persia prouve que la licence a encore énormément de choses à dire et qu’elle peut s’adapter à tous les genres si elle est traitée avec autant de passion et d’intelligence. Ubisoft a eu raison de faire confiance à un studio externe pour bousculer les codes, car le résultat est frais, dynamique et diablement addictif. On attend avec impatience les futures mises à jour qui viendront étoffer le contenu, mais en l’état, le Prince a déjà reconquis son trône dans le cœur des joueurs amateurs d’action. C’est un indispensable pour quiconque cherche une expérience de jeu fluide, stylisée et gratifiante. Le Prince est de retour, et il court plus vite que jamais vers un avenir radieux. C’est un pari réussi, une danse avec le temps et la mort qui ne demande qu’à être jouée encore et encore. Une perle de l’action-plateforme qui marquera, sans aucun doute, l’année 2024 de son empreinte colorée et nerveuse.

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85/100
Total Score

Les +

  • Traversal incroyable
  • Combat nerveux
  • Direction artistique unique
  • Bande-son électrisante

Les -

  • Variété des décors
  • Difficulté parfois inégale
  • Scénario un peu en retrait
  • Optimisation sur Switch