Le premier Code Vein avait réussi, en 2019, à imposer sa patte « Anime Souls » malgré une technique chancelante. En ce début d’année 2026, sa suite débarque avec la ferme intention de transformer l’essai. Code Vein II n’est plus seulement une alternative stylisée ; c’est une œuvre qui assume enfin son identité. Disponible depuis le 29 janvier, le titre nous replonge dans un monde post-apocalyptique où le sang est la monnaie de la survie. Mais derrière cette esthétique léchée et une ambition affichée, le titre de Bandai Namco doit composer avec un héritage lourd et des choix de design qui divisent déjà la communauté. Entre sublimation de la formule et persistances de vieux démons, ce second volet est-il vraiment le chef-d’œuvre attendu ou une simple extension visuelle un peu trop complaisante ? Verdict dans notre test, les amis !

Scénario : Voyage au bout du temps et des souvenirs
L’intrigue de Code Vein II se situe plusieurs années après les événements du premier volet, mais elle prend une tournure inattendue en introduisant une mécanique de voyage temporel liée à un nouveau personnage central : Lou. Le monde est désormais en proie à une nouvelle menace, la « Luna Rapacis », une lune rougeoyante dont l’apparition transforme les Revenants en « Horreurs », des créatures bien plus imprévisibles que les anciens Déchus. Le joueur incarne un Chasseur de Revenants dont le destin se lie à celui de Lou, capable de manipuler le flux du temps pour nous permettre de visiter les mêmes lieux à différentes époques (souvent 100 ans dans le passé).
Cependant, c’est ici que le bât blesse. Si l’écriture gagne en profondeur en explorant les zones grises de la survie éternelle, le procédé narratif est parfois perçu comme un cache-misère pour masquer un manque de renouvellement des décors. On nous vante des époques différentes, mais dans les faits, on traverse souvent les mêmes structures avec un simple changement d’éclairage ou de végétation. Les flashbacks, marque de fabrique du premier opus, reviennent sous une forme plus interactive, mais leur fréquence finit par casser le rythme de l’exploration pure. L’antagoniste, bien que plus nuancé, souffre d’une mise en scène parfois trop mélodramatique, typique des productions anime, qui pourra agacer ceux qui recherchent une narration plus sobre et mystérieuse à la Elden Ring.

Gameplay : La flexibilité au prix de l’équilibre
Le gameplay de Code Vein II est le pilier central de l’expérience, et il a subi une refonte majeure. Le système de « Codes Sanguins » revient avec le système de Builds Dualistes. Désormais, le joueur peut équiper deux Codes simultanément et alterner entre eux en plein combo. Cette fluidité accrue transforme les combats en une véritable danse de mort. Cependant, cet ajout révolutionnaire est au centre d’une polémique majeure concernant l’équilibrage. En permettant de fusionner les passifs de deux classes, le jeu autorise des combinaisons qui rendent certains affrontements triviaux. On regrette un peu cette perte de rigidité qui faisait le sel du premier opus, tandis que les néophytes se retrouvent parfois perdus face à une complexité systémique qui demande des heures de menuing pour être optimisée.
L’exploration a fait un bond qualitatif, oubliant enfin les couloirs labyrinthiques sans âme. Mais là encore, tout n’est pas parfait. Le level design est plus vertical, certes, mais la gestion de la physique lors des sauts et des déplacements rapides reste parfois approximative, entraînant des chutes mortelles frustrantes. L’IA des partenaires, bien qu’enrichie d’une roue de commandes, continue de souffrir de bugs de pathfinding gênants. Il n’est pas rare de voir son allié se jeter dans le vide ou rester bloqué derrière un élément du décor alors que vous êtes en plein duel contre un ennemi d’élite. Cette dépendance à l’IA, si elle est le cœur du jeu, reste son talon d’Achille technique.

Bestiaire et Boss : Un défi entre spectacle et frustration
Le bestiaire de Code Vein II se veut plus organique et dérangeant. Les « Horreurs » sont des merveilles de design, mélangeant chair, métal et épines. Leurs patterns sont conçus pour punir l’excès de confiance : ils utilisent des attaques retardées et des feintes qui forcent le joueur à désapprendre ses réflexes du premier volet. Les boss sont, sans conteste, le sommet visuel du jeu. Le combat contre le Chevalier des Époques, par exemple, est une claque sensorielle où le décor change en temps réel au gré de ses attaques temporelles.
Mais c’est ici que les choses s’enveniment le plus. La caméra est restée bloquée en 2019. Dans les arènes les plus étroites, elle s’affole, s’accroche aux murs ou se loge dans les modèles 3D des boss, rendant l’action illisible. Pour un jeu qui se veut exigeant et punitif, mourir parce qu’on ne voit plus son personnage est inacceptable en 2026. De plus, certains boss possèdent des hitbox douteuses, où une attaque vous touche alors que vous sembliez hors de portée. Ces imprécisions techniques viennent ternir des affrontements qui, sur le papier, sont parmi les plus épiques du genre, mais manette en main très frustrantes.

Graphismes : La puissance de l’Unreal Engine 5
Visuellement, le jeu franchit un cap technique indéniable. Le style anime est magnifié par des effets de lumière volumétrique et des textures de haute volée. Les environnements sont désormais plus riches : la végétation reprend ses droits sur le béton, les ruisseaux de sang scintillent sous une lune blafarde. La direction artistique s’autorise des fulgurances colorées magnifiques dans les zones oniriques. L’éditeur de personnage reste une référence absolue, offrant une liberté quasi totale pour créer son Revenant idéal, un aspect qui occupe d’ailleurs une part non négligeable du temps de jeu de la communauté.
Toutefois, ce déluge visuel a un coût technique. Sur les consoles de salon, si le 60 FPS est visé, il n’est pas toujours tenu. Lors des combats impliquant de nombreux effets de particules ou dans les zones les plus vastes comme la « Cité des Échos », on note des chutes de framerate qui peuvent impacter la réactivité des combats. Le recours massif au motion blur et à certains filtres de post-traitement vient parfois brouiller l’image, masquant une finesse de texture qui ne demande qu’à s’exprimer. De plus, on notera un recyclage flagrant de certains éléments du premier jeu (assets, sons d’ambiance), ce qui donne par moments l’impression d’un projet qui a dû faire des concessions budgétaires malgré son statut de blockbuster.

Bande Sonore : La mélancolie symphonique
La partie sonore est une réussite totale, portée par Go Shiina. On retrouve ce mélange unique d’orchestre symphonique, de chœurs grandioses et de touches rock. Chaque zone possède son propre thème qui évolue selon l’intensité de l’action. Les musiques ne se contentent pas d’accompagner, elles racontent la solitude et l’espoir ténu des Revenants. Le sound design a également bénéficié d’un soin méticuleux : le bruit des armes s’entrechoquant et le son viscéral des drains de sang renforcent l’impact des coups.
Néanmoins, on peut pointer du doigt la répétitivité des répliques des compagnons pendant l’exploration. Entendre Mia vous dire pour la centième fois de faire attention à vos pieds ou Louis s’extasier sur une plante peut devenir lassant après 30 heures de jeu. Le doublage japonais reste la version de prédilection, la version anglaise manquant parfois de conviction dans les moments les plus dramatiques. C’est un détail pour certains, mais pour un titre qui mise autant sur l’attachement à ses personnages, ce manque de variété dans les lignes de dialogue brise parfois l’immersion si durement acquise par la musique.

Conclusion : Une œuvre généreuse mais imparfaite
En définitive, Code Vein II est une suite qui souffle le chaud et le froid. C’est l’aboutissement d’une vision artistique unique, proposant un contenu colossal et un système de personnalisation qui reste, encore aujourd’hui, inégalé. Il réussit à être à la fois un excellent point d’entrée pour les néophytes et un défi de taille pour les vétérans, grâce à sa flexibilité de builds. On ressort de cette aventure avec le sentiment d’avoir vécu une épopée marquante, portée par des personnages attachants et une atmosphère d’une beauté mélancolique rare.
Mais on ne peut ignorer ses tares. La caméra capricieuse, l’équilibrage parfois aux fraises du Build Dualiste et le recyclage de certaines zones sont des ombres au tableau qui empêchent le titre d’atteindre la perfection des ténors du genre. Code Vein II est une œuvre généreuse, passionnée, mais qui manque de ce dernier polissage chirurgical qui sépare les bons jeux des chefs-d’œuvre intemporels. Pour tout amateur d’action-RPG japonais, il reste une acquisition indispensable de cette année 2026, à condition d’accepter ses quelques errances techniques au nom du style et de l’émotion. C’est un voyage sanglant, imparfait mais viscéral, qui prouve que la licence a désormais les épaules assez larges pour s’imposer durablement.

Les +
- Le Système de Build Dualiste
- Direction Artistique Sublime
- L'Éditeur de Personnage
- Ambiance et Musique
- Accessibilité Intelligente
Les -
- La Caméra Capricieuse
- Équilibrage aux Fraises
- Recyclage de Zones
- IA parfois à la traîne
- Stabilité Technique
