Parler de Dragon Quest VII, c’est évoquer un monument de l’histoire du JRPG, une œuvre dont la démesure a souvent effrayé autant qu’elle a fasciné. Lors de sa sortie initiale sur PlayStation, le jeu s’était imposé comme un monolithe d’écriture, s’étalant sur deux disques et exigeant plus de cent heures de la vie du joueur. En 2026, Square Enix nous propose enfin cette version Reimagined, une reconstruction totale qui ne se contente pas de lisser les textures, mais qui réinvente la manière dont on parcourt ce récit fleuve. Pari réussi pour Square-Enix ? Verdict dans notre test, les amis !

Scénario
Le génie de Dragon Quest VII réside dans sa narration fragmentée. Le point de départ est d’une simplicité désarmante : le monde est vide, réduit à une seule île. Le héros et son ami Kiefer, poussés par une soif de découverte presque enfantine, vont exhumer des fragments de tablettes dans un sanctuaire oublié. Chaque tablette complétée est une porte ouverte sur le passé. En voyageant dans le temps, vous découvrez des continents qui ont été effacés de la réalité. Le scénario ne suit pas une ligne droite, mais une structure en « épisodes » : vous arrivez sur une île, vous comprenez le drame qui s’y joue (souvent une tragédie humaine ou une malédiction démoniaque), vous le résolvez, et vous voyez l’île réapparaître dans votre présent.
Cette version Reimagined sublime l’écriture originale par une localisation aux petits oignons. On traite ici de thèmes d’une noirceur surprenante pour la saga : le deuil, la trahison, la folie collective ou le poids des traditions étouffantes. L’arc narratif de la ville de Regenstein, par exemple, reste l’un des moments les plus poignants du jeu de rôle japonais. Voir les conséquences de nos actes des siècles plus tard, constater que certains héros que nous avons aidés sont tombés dans l’oubli ou ont été mal interprétés par l’histoire, confère au récit une profondeur philosophique rare. C’est une réflexion constante sur la transmission et la mémoire. Le fil rouge, bien que discret au départ, finit par tisser une toile d’une cohérence absolue, menant à un final où tous les fragments de l’histoire s’emboîtent avec une précision d’orfèvre.

Gameplay
C’est sans doute sur le plan du gameplay que ce Reimagined brille le plus. Le système de combat reste un tour par tour traditionnel, mais il a été accéléré. Les animations sont nerveuses et les effets de sorts sont désormais spectaculaires sans être trop longs. La grande force du jeu, c’est son système de Vocations (Jobs). Avec plus de 30 classes disponibles, incluant des classes de monstres, les possibilités de personnalisation sont vertigineuses. Vous pouvez transformer votre héros en un Gladiateur surpuissant ou en un Sage aux sorts dévastateurs, mais vous pouvez aussi emprunter des chemins plus tortueux, comme devenir un « Mendiant » pour finalement débloquer des classes cachées ultra-puissantes.
La progression a été rééquilibrée pour éviter le « grind » excessif. Si le jeu original demandait des centaines de combats pour monter d’un rang de classe, cette version valorise davantage l’intelligence tactique. L’exploration est facilitée par un radar à fragments, une bénédiction pour ceux qui ont connu la version PS1 où l’on pouvait rester bloqué des jours pour un petit morceau de pierre caché sous un explorateur. Les combats ne sont plus aléatoires sur la carte du monde : vous voyez les monstres, vous pouvez les contourner ou les traquer. Ce changement transforme radicalement le rythme de l’exploration, rendant les donjons beaucoup moins frustrants et plus axés sur la résolution d’énigmes environnementales.

Graphismes
Visuellement, le jeu est une lettre d’amour au style d’Akira Toriyama. Le moteur graphique, héritier direct de celui de Dragon Quest XI, parvient à capturer le grain particulier des illustrations du maître. Les environnements fourmillent de détails : les herbes hautes ondulent sous le vent, les cycles jour/nuit modifient radicalement l’ambiance des cités, et l’eau bénéficie de reflets somptueux. Chaque île possède une esthétique propre, reflétant son climat et sa culture. On passe des tons ocre d’un désert égyptien aux verts luxuriants d’une jungle isolée avec un plaisir constant pour les yeux.
Le travail sur le bestiaire est tout aussi impressionnant. Les monstres sont vivants, drôles, et leurs animations de combat sont remplies de personnalité. On s’arrête parfois de jouer juste pour observer les mimiques d’un Gluant ou la danse ridicule d’un automate. Le Reimagined ajoute également une distance d’affichage impressionnante, permettant d’admirer les continents restaurés depuis les sommets les plus hauts. C’est un monde qui respire, loin de la rigidité des épisodes en 2D. La technique est irréprochable, avec un 60 FPS constant qui rend la navigation dans les menus et les déplacements d’une fluidité exemplaire.

Bande Sonore
La musique de Koichi Sugiyama a toujours été indissociable de l’identité de Dragon Quest. Pour cette version, Square Enix a sorti les grands moyens : l’intégralité de la bande-son est interprétée par un orchestre philharmonique. Le résultat est époustouflant. Le thème de l’exploration, à la fois mélancolique et plein d’espoir, devient une véritable compagne de route dont on ne se lasse jamais. Les thèmes de combats sont dynamiques et ne souffrent plus de la répétitivité des versions MIDI d’autrefois.
Le sound-design a également été revu. Chaque environnement possède une nappe sonore immersive : le craquement des feuilles en forêt, le brouhaha des marchés, ou le silence pesant des donjons souterrains. Les voix (doublage intégral pour les scènes clés) apportent une dimension supplémentaire aux personnages. Le Prince Kiefer gagne en charisme, et Maribel, avec ses répliques cinglantes, devient encore plus attachante. C’est une expérience sensorielle complète qui vient soutenir la narration à chaque instant.

Conclusion
Dragon Quest VII Reimagined est un monument restauré. Il n’est pas seulement le meilleur moyen de découvrir cet opus, il est l’un des meilleurs JRPG disponibles sur le marché actuel. Sa force tranquille, son respect du joueur et sa générosité incroyable en font une expérience à part. C’est un jeu qui demande qu’on lui consacre du temps, mais il nous le rend au centuple par la richesse de ses histoires et la profondeur de ses systèmes. Il réussit l’exploit de gommer tous les défauts de l’original (lourdeur, lenteur, frustration) tout en gardant ce qui faisait son âme.

Les +
- Modernisation exemplaire
- Ergonomie repensée
- Narration épisodique passionnante
- Système de Vocations addictif
- Bande-son orchestrale
Les -
- Structure répétitive par nature
- Le mode facile tue un peu le jeu
- Les temps de sauvegarde
