Après deux volets Unleashed qui tiraient leur charme du cadre confiné des pièces de maison, la franchise sous licence Mattel tente le pari du monde ouvert avec HOT WHEELS™ Infinite Rush. Finis les salons encombrés et les établis de garage : le titre lâche ses miniatures de sept centimètres sur un vaste archipel dédié à la vitesse pure et aux loopings vertigineux. L’ambition affichée est claire : marier la nervosité arcade historique de la marque à la liberté d’exploration d’un festival routier moderne. Reste à voir si ce changement d’échelle sublime la formule ou s’il dilue l’identité des célèbres petites voitures dans un gigantisme artificiel. Manette en mains, voici notre verdict.

Scénario
Il n’y a tout simplement aucun scénario dans HOT WHEELS™ Infinite Rush. Le jeu assume un néant narratif total : aucune cinématique d’exposition, aucun dialogue, aucun rival identifié et pas le moindre personnage à l’horizon. Dès le menu principal, le joueur est parachuté sur l’asphalte sans la moindre justification sur la présence de ces infrastructures géantes en plastique orange au milieu d’un archipel désert.
La progression solo prend la forme d’un tableau d’affichage utilitaire où l’on coche des épreuves pour faire grimper des jauges et débloquer de nouveaux châssis. Si cette absence d’enrobage évite les bavardages inutiles et permet d’entrer instantanément dans le vif du sujet, elle prive l’aventure de toute mise en scène, d’enjeux dramatiques et de rivalités sportives marquantes.

Gameplay
Sur la piste, le titre reste fidèle aux bases de l’arcade décomplexée où le drift dicte sa loi. Une brève pression sur la commande de frein suffit à faire décrocher le train arrière pour engager de longues glissades au millimètre près. Cette dérive latérale permet de maintenir sa vitesse en courbe tout en rechargeant une jauge de boost segmentée. L’utilisation de cette suralimentation s’avère indispensable pour relancer la mécanique en sortie d’épingle ou pour arracher un dépassement au ras du bitume dans la dernière ligne droite.
Le comportement des véhicules varie efficacement selon la catégorie retenue. Les modèles légers et profilés font preuve d’une agilité redoutable dans les chicanes, mais souffrent lors des contacts musclés. À l’inverse, les pick-ups et camions accusent une plus lourde inertie mais traversent le peloton sans dévier de leur trajectoire. De leur côté, les rails orange intègrent des bandes magnétiques spectaculaires qui plaquent les bolides sur des parois verticales ou la tête en bas, tout en obligeant à esquiver des pièges mécaniques fixes. En circuit fermé, la nervosité et l’intensité compétitive font mouche.
En revanche, la greffe de cette jouabilité sur une vaste carte ouverte fonctionne nettement moins bien. Les liaisons sur autoroute en ligne droite manquent cruellement de vitesse et de sensations une fois la réserve de turbo vidée. La carte est en outre surchargée d’activités secondaires insipides — radars de vitesse, panneaux à pulvériser et zones de drift chronométrées — qui hachent inutilement le rythme des courses officielles. Heureusement, la présence d’un éditeur de pistes très complet et le maintien d’un mode multijoueur local en écran scindé jusqu’à quatre joueurs apportent une belle valeur ajoutée à l’ensemble.

Graphismes
Sur le plan visuel, le titre souffle le chaud et le froid. La plus grande réussite concerne la modélisation des miniatures, qui frôle le photoréalisme. En gros plan ou dans le garage virtuel, le rendu des matières force l’admiration : bavures d’usinage sur le métal moulé, granularité des peintures vernies, micro-rayures sur les cockpits en plastique transparent et petits rivets sous les châssis. Les frottements contre les glissières écaillent même la carrosserie en temps réel, renforçant la sensation de manipuler de véritables jouets de collection.
Le bilan s’avère nettement plus mitigé dès que l’on observe les décors de l’archipel. Les falaises et les massifs rocheux affichent une géométrie simpliste aux arêtes trop rigides, les zones urbaines manquent de vie et la végétation environnante reste totalement figée au passage des bolides lancés à pleine vitesse. Plus dommageable encore : en abandonnant les chambres et les cuisines où les petites voitures slalomaient entre des meubles géants, le jeu perd son effet d’échelle miniature. Au milieu de ces panoramas aux proportions ordinaires, les engins ressemblent à de simples automobiles classiques, effaçant une grande partie du charme original de la franchise.
Côté performances, le jeu maintient une cadence de 60 images par seconde sur consoles actuelles pour garantir la réactivité du pilotage. Ce confort exige toutefois des compromis visibles sur la distance d’affichage : à vive allure sur les grands axes, un phénomène de popping fait régulièrement surgir des barrières, des ombres et des buissons à quelques mètres du capot.

Bande sonore
L’habillage acoustique s’avère sans doute le volet le plus conventionnel de cette production. La bande originale aligne des morceaux interchangeables de rock saturé et d’électro-pop générique, sans mélodie marquante ni thème capable de souligner la tension d’un dernier tour de circuit. La sélection musicale finit rapidement par tourner en boucle, poussant le joueur à baisser son volume pour lancer sa propre musique en tâche de fond.
Le sound design mécanique relève heureusement le niveau grâce à des empreintes sonores bien différenciées selon les motorisations. Les supercars électriques délivrent un feulement aigu très caractéristique qui grimpe dans les tours, tandis que les muscle cars rétro grondent avec des sonorités plus rauques et métalliques. Les cliquetis des châssis contre les bordures orange, le claquement sec des bandes magnétiques et le crissement des pneus sur l’asphalte procurent un retour physique précis et satisfaisant manette en mains.
Néanmoins, le mixage général manque de coffre et de basses fréquences lors des carambolages massifs, donnant parfois l’impression d’entrechoquer des coques en plastique creux plutôt que des bolides métalliques lancés à vive allure. Enfin, le monde ouvert souffre d’un silence pesant en dehors des tracés officiels, sans rumeur festive ni bruits d’ambiance travaillés pour donner vie aux différentes îles.

Conclusion
HOT WHEELS™ Infinite Rush illustre le paradoxe des licences d’arcade poussées vers le monde ouvert par effet de mode. D’un côté, le savoir-faire de Milestone sur la conduite pure reste indiscutable : les dérapages sont immédiats et gratifiants, la modélisation des jouets est splendide, l’éditeur de tracés offre une grande liberté et le multijoueur local à quatre promet d’excellentes sessions conviviales sur le canapé.
D’un autre côté, le sacrifice des environnements domestiques géants au profit d’un grand archipel classique dépossède la franchise de son âme visuelle et de sa poésie enfantine. En voulant s’étendre sur une carte dépeuplée sans scénario ni mise en scène, le jeu dilue l’intensité de ses courses dans des temps morts et des corvées de remplissage répétitives. Il en résulte un jeu de course arcade solide et divertissant sur piste fermée, mais dont le format ouvert peine à justifier son existence.

Les +
- Modélisation remarquable des miniatures
- Sensations de drift immédiates et jubilatoires
- Éditeur de circuits complet et intuitif
- Le mode Multijoueur
Les -
- Scénario et contexte totalement absents
- Perte de l'échelle miniature
- Concessions techniques visibles
- Monde ouvert monotone et désert
- Bande originale générique
