[AVIS] Cthulhu: The Cosmic Abyss – Le Test !

Sortir un jeu basé sur le Mythe de Cthulhu en 2026 est un exercice périlleux. Entre les attentes des puristes et la saturation du marché de l’horreur, Cthulhu: The Cosmic Abyss tente de se frayer un chemin par une approche sensorielle radicale. Mais là où la presse spécialisée a parfois crié au génie, le public, lui, se montre beaucoup plus réservé. Le titre de Neon-Shoggoth n’est pas le chef-d’œuvre universel espéré, mais plutôt un projet expérimental qui sacrifie souvent le plaisir de jeu sur l’autel de son concept. Ce test vise à disséquer ce qui, dans les abysses, relève de la prouesse artistique et ce qui relève du naufrage ergonomique, afin de comprendre pourquoi les avis divergent à ce point sur les agrégateurs de notes.

Capture d'écran nº 0

Scénario : Une narration qui s’égare dans le vide

Sur le papier, l’histoire du Dr. Elias Thorne est solide. Cependant, dans l’exécution, le scénario souffre d’un rythme extrêmement décousu. Si l’écriture des journaux de bord est de qualité, la trame principale reste trop cryptique pour son propre bien. Le jeu multiplie les ellipses narratives qui laissent le joueur dans un flou total, non pas par choix artistique, mais parfois par manque de clarté dans la mise en scène. Les thématiques de la physique quantique mêlées à l’ésotérisme sont ambitieuses, mais elles finissent par perdre le joueur dans un jargon complexe qui nuit à l’attachement émotionnel envers le protagoniste. On se retrouve spectateur d’une chute dont on ne comprend pas toujours les enjeux personnels, faisant de cette aventure une expérience intellectuelle froide plutôt qu’un récit poignant. La fin, bien que conforme à l’esprit de Lovecraft, laisse un goût d’inachevé pour beaucoup de testeurs qui y voient une conclusion abrupte facilitant l’économie de moyens.

Capture d'écran nº 1

Gameplay : Quand l’innovation devient frustration

C’est ici que le bât blesse réellement. La fameuse mécanique de « Dissonance Cognitive » est une idée brillante sur le papier, mais elle s’avère être un cauchemar ergonomique en pratique. Forcer le joueur à détourner le regard ou à naviguer dans des menus qui se distordent ralentit considérablement l’action et crée une fatigue visuelle réelle après seulement une heure de jeu. Le système de déplacement est volontairement lourd pour simuler la pression sous-marine, mais cela rend les phases de fuite plus aléatoires qu’autre chose. Les énigmes, quant à elles, manquent cruellement de logique interne : on passe trop de temps à essayer de comprendre ce que le jeu attend de nous plutôt qu’à résoudre le puzzle lui-même. L’absence totale de combat, si elle est louable pour l’ambiance, laisse le joueur sans aucun levier d’action face à une IA ennemie parfois omnisciente, transformant certaines séquences en une répétition de « die and retry » particulièrement usante.

Capture d'écran nº 2

Graphismes : Un vernis technique aux pieds d’argile

Visuellement, le jeu est indéniablement impressionnant dans ses panoramas, mais le revers de la médaille est une optimisation aux fraises. Les chutes de framerate sont légion dès que les effets de distorsion s’accumulent à l’écran, ce qui est paradoxal pour un jeu qui mise tout sur sa fluidité visuelle pour générer du malaise. Si les environnements non-euclidiens flattent l’œil au début, la répétition des textures organiques et des couloirs sombres finit par créer une monotonie visuelle. De plus, le choix du flou artistique pour représenter les entités divines est perçu par une partie des joueurs comme une astuce de développement pour masquer des modèles 3D peu détaillés. Le Ray Tracing, bien que superbe sur les surfaces humides, demande des ressources disproportionnées, rendant le jeu difficilement jouable sur des configurations moyennes,

Capture d'écran nº 3

Bande sonore : Une agression auditive calculée

Le sound design est l’élément le plus clivant du titre. L’utilisation des infrasons et des fréquences dissonantes est une réussite en termes d’immersion horrifique, mais c’est une barrière physique pour une partie du public. Beaucoup de joueurs rapportent des maux de tête ou une anxiété réelle qui dépasse le cadre du divertissement. Le minimalisme musical, s’il sert l’ambiance de la station isolée, rend les longues phases d’exploration très austères, voire ennuyeuses. Le doublage, bien que correct, manque parfois de conviction dans les moments de panique, créant un décalage entre l’horreur visuelle et la réaction sonore du personnage. L’audio spatial, bien que techniquement irréprochable, sature parfois l’espace sonore avec trop d’informations contradictoires, ce qui finit par agacer plutôt que de terrifier, rendant la lecture de l’environnement plus confuse qu’elle ne devrait l’être.

Capture d'écran nº 4

Conclusion : Une expérience de niche, pour le meilleur et pour le pire

En conclusion, Cthulhu: The Cosmic Abyss est la définition même du jeu « clivant ». Ce n’est pas un mauvais jeu, mais c’est un jeu qui refuse de faire des compromis, quitte à devenir désagréable à parcourir. Il s’adresse exclusivement à une frange de joueurs prêts à accepter des mécaniques de jeu frustrantes et une technique capricieuse au nom de l’ambiance. Pour le grand public et même pour de nombreux fans d’horreur, le titre manque de la finition et de l’équilibre nécessaires pour justifier son prix et son temps de jeu. Neon-Shoggoth a livré une œuvre d’art brute, mais un produit ludique bancal. Sa note sur Metacritic reflète finalement assez bien cette réalité : une moyenne correcte qui cache un fossé immense entre ceux qui ont adoré l’expérience sensorielle et ceux qui ont détesté le manque de plaisir manette en main.

Capture d'écran nº 6

70/100
Total Score

Les +

  • Prise de risque artistique
  • Graphiquement sympa
  • Fidélité au Mythe

Les -

  • Optimisation défaillante
  • Gameplay frustrant
  • Ergonomie défaillante
  • Difficulté mal dosée